Lettre des Éditions Antisociales au « Collectif de rédaction »
de la revue Réfractions, recherches et expressions anarchistes
 


 
  
 

Le 1er septembre 2017

Messieurs-Dames,

« Tu vois le travail ? », demandez-vous en couverture du dernier numéro (n° 38 du printemps 2017) de votre revue Réfractions, recherches et expressions anarchistes. Cette question est probablement l’expression d’une certaine angoisse de votre surmoi collectif, qui devait craindre, à très juste titre, que vos lecteurs s’aperçoivent de la qualité réelle, sinon de la véritable nature de votre travail. On peut vous répondre tout de suite : oui, on le voit, et c’est pas beau à voir ; c’est même franchement dégueulasse. Revoyons donc quelques points précis.

La rubrique « Anarchive » de ce numéro, pages 131 à 137, contient la reproduction – précédée d’une présentation signée par « La commission de rédaction » (c’est-à-dire, si l’on comprend bien votre ours en page 2, par Jean-Christophe Angaut, Vivien García, Renaud Garcia et Alain Thévenet) – de l’admirable texte programmatique qu’écrivit en 1924 le jeune rebelle hollandais Herman Schuurman (et non Hermann Schuurmann, comme vous l’écorchez partout), Le travail est un crime, dans sa traduction française coéditée en 2007 par nos soins à Paris et par Le Chien Enragé à Amsterdam, qui contribua à abolir le privilège qui en avait réservé la lecture aux néerlandophones. Ce texte a depuis commencé à faire le tour du monde (il serait d’ailleurs temps qu’il soit traduit en chinois, en hindi, en russe, en arabe, car le travail n’est pas moins criminel là où l’on ne lit ni le néerlandais, ni l’allemand, ni le français, ni l’italien, ni l’anglais, ni l’espagnol, ni le grec, ni le tamil), et s’impose peu à peu comme un grand classique de la littérature d’expression néerlandaise, un immortel cri de Révolte à vocation universelle : Herman Schuurman, féru d’art graphique (soit dit en passant, vous auriez pu mentionner quelque part qu’il est l’auteur de l’illustration qui occupe la page 134 de votre revue), s’inspirait aussi du courant dont l’anarchisant Edvard Munch avait peint le muet manifeste. (À Paris c’est André Breton qui, cette même année 1924, opposait à sa manière la création libre au travail forcé.) Que des ectoplasmes tels que vous ayez senti, un siècle plus tard, qu’il aurait manqué quelque chose à votre numéro spécial travail si Le travail est un crime en avait été absent, en dit long sur la puissance de sa poésie, la magie de ses formules, la force pratique qui émane de la tragique vérité, quand elle est si bien énoncée : « Le travail est la grande malédiction. Il produit des hommes sans esprit et sans âme. » Les dégâts sont donc d’autant plus sévères quand le travail est dit intellectuel, comme chacun peut le constater partout ; et par exemple chez vous, Messieurs-Dames.

Votre travail n’aurait été que très banalement criminel, voire plaisant de notre point de vue, si vous vous étiez satisfaits de pirater notre traduction du Travail est un crime, comme tant d’autres avant vous, avec ou sans mention d’origine, et même de publier en guise de présentation ce mauvais résumé, frisant le plagiat et censuré du contenu qui vous gêne, de la courte étude historique complétant notre brochure, qu’Els van Daele s’était donné la peine d’effectuer rapidement, à notre demande, pour aussi que nul grincheux n’aille douter qu’un tel bijou avant-gardiste ait pu réellement être créé en 1924 aux Pays-Bas. Nous n’avons aucun a priori contre les voleurs et les pirates, ni aucun droit de propriété intellectuelle à faire valoir sur ce texte qui appartient au genre humain. Arthur Rimbaud disait déjà que « la main à plume vaut la main à charrue », et nous aurions seulement souri de vos gros sabots, de votre prétentieuse lourdeur à vous présenter comme réfractaires au travail – sauf quand il s’agit du travail des autres. On peut en tout cas constater que vous n’êtes guère soumis aux cadences infernales, puisque Le travail est un crime, par Herman J. Schuurman, suivi de : Le Groupe « De Moker », la jeunesse rebelle dans le mouvement libertaire hollandais des Années folles, par Els van Daele, Paris-Amsterdam 2007, est normalement disponible depuis dix ans à la librairie Publico, 145, rue Amelot, 75011 Paris, c’est-à-dire à l’adresse exacte où vous suggérez à vos lecteurs de vous écrire, et où l’on imagine que vous tenez vos réunions. Une décennie : c’est tout le temps qu’il vous a fallu, vous tous ensemble, pour ne pas lire cette brochure de 52 pages, une sorte de record à battre en matière de fainéantise et d’emploi fictif, si l’on devait gober les grossiers mensonges de ceux parmi vous qui se sont chargés du travail effectivement réalisé pour cette rubrique « Anarchive », et qui ne se sont malheureusement pas limités à un abrutissant copier-coller assisté par ordinateur.

Car voilà le crime, bien crapuleux comme il se doit : « La commission de rédaction » de la page 133 de ce n° 38, habituée à abuser de la faiblesse des lecteurs de Réfractions, n’a pas hésité à attirer dans votre crasseuse arrière-boutique, en lui offrant quelques friandises intellectuelles, un garnement trop gourmand dans le but de le compromettre dans le viol en réunion des principes de base qui devraient normalement prévaloir dans une revue de « recherches et expressions anarchistes », en prévoyant de le dénoncer à ceux qui seraient troublés par les désagréables relents de cette sordide mystification, comme le seul véritable psychopathe de la bande, qui n’aurait entraîné dans son délire, pour un seul malheureux numéro, que les quatre braves gars un peu naïfs de « La commission de rédaction », qui seraient finalement plus à plaindre qu’à blâmer : « Nous remercions vivement Clément Homs, qui nous a autorisés à reprendre ce texte paru sur son site Palim-Psao.fr, avec une introduction critique par Els van Daele. Historien de formation, Clément Homs est un fin connaisseur des théoriciens de la critique de la valeur, dont il publie des articles, conférences audio, études et traductions originales sur son site », etc. (suit une bibliographie sommaire des œuvres imprimées de ce monsieur). Quoique ce M. Clément Homs fasse montre d’assez de bassesse pour faire la promotion, sur son site que vous citez, de ce numéro truqué de Réfractions, au lieu de protester publiquement, comme on aurait attendu d’un homme intègre, de s’y voir ainsi sournoisement épinglé comme escroc et imposteur, nous n’irons pas accepter sans autre preuve l’assertion selon laquelle il aurait osé s’affirmer mensongèrement propriétaire en titre des droits de reproduction d’un classique de la subversion sous anticopyright, au point de vous « autoriser » formellement à le pirater comme il venait de le faire lui-même, évidemment sans nous en demander l’autorisation. En effet, quand il reproduisait sur son site Le travail est un crime, en août 2016 (mais non l’étude d’Els van Daele, qu’il faut bien que vous soyez allés plagier ailleurs), Clément Homs n’était pas assez fou pour prétendre l’avoir traduit : il se contentait de l’alourdir de ses propres pédants commentaires, en publiant simultanément un texte intitulé « Toujours contre le travail, Éloge des libertaires hollandais du groupe De Moker », dans lequel il ne dissimulait aucunement sa source, ni non plus la critique à coups de masse du syndicalisme dit révolutionnaire apportée par la « présentation historique d’une rare qualité » d’Els van Daele. Il paraît peu probable qu’un maléfique Mister Homs s’acharne de nuit à étouffer les quelques vérités proclamées de jour par un bon Docteur Clément ; alors que l’hypothèse d’un tripatouillage infect commis en toute conscience par « La commission de rédaction » de ce n° 38 de Réfractions (on aura pu goûter tout le sel, ou plutôt l’arsenic de l’évocation des « études et traductions originales » que Clément Homs publie sur son site) s’impose presque comme une évidence à qui connaît un peu l’état du monde en général, et du microcosme intellectuel français en particulier. Il est ainsi bien dans le style du racketteur arrogant assuré de l’impunité que de manquer de respect à la seule personne au monde qui, par son travail de traductrice et d’historienne, pourrait légitimement prétendre avoir des droits sur toute cette rubrique « Anarchive » de votre n° 38, quand vous laissez entendre qu’Els van Daele aurait pu rédiger une « introduction critique » au Travail est un crime (une drôle d’« introduction » qui suit l’œuvre principale ; et kézaco « critique » ? critique de qui ? critique de quoi ?) pour « un fin connaisseur des théoriciens de la critique de la valeur », c’est-à-dire en clair pour un adepte zélé d’une demi-douzaine de néo-philosophes qui ont appris tout Marx par cœur, pour en infliger des citations à tous leurs interlocuteurs, comme d’autres avec la Bible ou le Coran, et sans pouvoir prouver davantage que la Valeur, ce Dieu mauvais que Marx aurait « ésotériquement » révélé à ses apôtres préférés, existe vraiment. Els van Daele, plus familière de Bakounine que de Marx, n’a jamais rien eu à faire avec cette secte ultra-marxiste que vous racolez de manière si obscène dans ce numéro de Réfractions. (« Selon nous, l’anarchisme a beaucoup à gagner à étudier, comprendre et débattre avec les penseurs de la “critique de la valeur” », écrivent García et Garcia à la page 104, en introduction d’un assez pitoyable entretien avec le plus bavard de ces « penseurs », qui ne démontre toujours pas la valeur de sa critique.) Elle a même déjà saisi l’occasion de le faire savoir publiquement, alors qu’elle suait et bossait sur l’histoire du Mokergroep, en octobre 2006, dans une lettre ouverte cosignée avec son ami historien Nico Jassies et publiée sur notre site à leur demande, qui constatait les malpropretés résultant précisément d’un tel accouplement contre-nature entre anarchisme et « critique de la valeur », et envoyait littéralement « se faire foutre » vos précurseurs en la matière, qui polluaient Amsterdam pour mieux intoxiquer Paris.

De toute façon, ce n’est pas Clément Homs qui est responsable des faussetés que Réfractions choisit de publier, et que trente secondes de recherche sur Google – ou de conversation avec les libraires de Publico – suffisent à démentir. On sait que vous êtes nombreux, dans votre « Collectif de rédaction », à tenter de vous faire passer pour des « historien(ne)s », peut-être même spécialistes de l’époque dite contemporaine, du mouvement ouvrier radical et des débats qui l’ont traversé, de la rébellion anarchiste dont vous revendiquez l’héritage, bref de tout ce qui a abouti à l’irréfutable conclusion que Le travail est un crime, donc aussi au mot d’ordre stratégique, au principe d’action qui s’ensuit logiquement : « Ne travaillez jamais ! » (mais qu’une certaine Annick Stevens trouve « provocateur » en ouverture d’un article dégoulinant d’esprit de soumission servile à l’organisation du travail, qui va jusqu’à proposer « le temps partiel volontaire », autrement dit l’acceptation de la réduction des salaires et de l’augmentation des cadences, comme « première étape en vue de s’affranchir de l’esprit du système et même de l’affaiblir », pages 119 et 128 de ce même n° 38 de Réfractions ; quelle mauvaise blague !). Rappelons simplement ici que le premier, sinon le seul devoir d’un historien digne de ce nom est d’établir correctement la liste de ses sources, a fortiori quand il travaille sur un seul et unique document, comme c’est le cas en l’occurrence des copieurs-colleurs de cette rubrique « Anarchive » de votre n° 38 ; et en cas de bourde involontaire, de rétablir la vérité au plus tôt, sans se mettre en quête d’un pigeon à qui faire porter le chapeau. Cette dernière attitude au contraire n’est évidemment plus celle d’un historien, même « amateur » et négligent, mais d’un faussaire sans scrupule. Aucun d’entre vous n’étant totalement dépourvu des plus élémentaires capacités de vérifier le contenu de la rubrique la plus « historienne » de votre revue, nous devons vous considérer, tous autant que vous êtes, comme complices actifs ou passifs de cette grossière provocation commise par l’un ou plusieurs d’entre vous. Quand on a une réputation d’« historien(ne) » à défendre, on ne publie pas dans une revue qui falsifie ses sources ; quand on se dit anarchiste, et qu’on prétend donc combattre l’État, on ne s’acoquine pas avec qui reproduit ses méthodes. Tenez-le vous pour dit, Messieurs-Dames du « Collectif de rédaction » qui vous affichez en page 2 de ce n° 38 de Réfractions, Jean-Christophe Angaut, Heloisa Castellanos, Eduardo Colombo, Daniel Colson, Ronald Creagh, Jean-René Delépine, David Doillon, Marianne Enckell, René Fugler, Jean-Jacques Gandini, Vivien García, Renaud Garcia, Danièle Haas, Bernard Hennequin, Tomás Ibáñez, Marie Joffrin, Édouard Jourdain, Anita Ljungqvist-Bernard, Irène Pereira, Monique Rouillé-Boireau, Erwan Sommerer, Pierre Sommermeyer, Annick Stevens et Alain Thévenet ! Tous dans le même sac, nous n’allons pas nous clochardiser à tenter de faire le tri entre les vraies ordures toxiques [*], les vieux débris moisis et les éventuels déchets vaguement recyclables qui sont allés se jeter tout seuls dans cette poubelle nommée Réfractions. Vous vous trierez vous-mêmes, puisque vous êtes sûrement parés pour l’autogestion.

Vous aurez beau protester de votre bonne foi, geindre que l’erreur est humaine, plaider l’amateurisme, promettre humblement un rectificatif, jurer qu’on ne vous y prendra plus : c’est fini, on vous voit, vous vous contorsionnez tous dans les mêmes ridicules grimaces quand vous vous faites prendre en flag, politicards pourris, patrons voyous, bureaucrates véreux, épiciers malhonnêtes, professeurs d’illettrisme et militants de l’ingénuité, faux rebelles et vrais larbins. Inutile de vous fatiguer à rajouter une nouvelle couche de mensonges hypocrites pour tenter de camoufler la pure et simple vérité qui perce désormais sous l’écaillure de vos anciens ripolinages :

« Pour faire travailler les autres à son profit, il faut manquer de personnalité, et pour travailler on doit tout autant manquer de personnalité ; il faut ramper et trafiquer, trahir, tromper et falsifier. »
Herman J. Schuurman, Le travail est un crime

On reconnaît bien là les travailleurs de Réfractions.

Ne travaillez plus jamais.


Pour les Éditions Antisociales,

Le président,
Quentin Chambon

(copie à Clément Homs, Els van Daele et Nico Jassies)

* Pour donner tout de même un aperçu de ce qu’on peut dégoter parmi vous : « Ancien élève de Sciences-po Grenoble, Édouard Jourdain est docteur en études politiques de l’EHESS où il a soutenu en 2011 une thèse sur la guerre et le problème théologico-politique, qui interroge l’héritage de Karl Marx et de Carl Schmitt. Spécialiste de Proudhon, il a publié entre autres Proudhon, Dieu et la Guerre (L’Harmattan, 2006) et Proudhon, un socialisme libertaire (Michalon, 2009). Après avoir enseigné le droit constitutionnel à Paris-XI et travaillé au CICDE (Centre Interarmées de Concepts, Doctrines et Expérimentations), il est actuellement secrétaire de rédaction de Conventions, initiative conjointe de l’IHEJ et du ministère des affaires étrangères sur le droit dans la mondialisation. Parallèlement, Édouard Jourdain continue ses recherches en philosophie politique. » (Notice consultée le 2 août 2017 sur les sites de « Conventions » et de l’IHEJ, l’Institut des hautes études sur la justice.) Le supérieur hiérarchique de votre Monsieur Jourdain, le général Vincent Lafontaine, expliquait en 2011 à des membres de l’Association des Journalistes de Défense (les mots sont une arme) à quoi sert ce CICDE : « D’abord, le CICDE réfléchit à court (5 ans), moyen (15 ans) et long (30 ans) termes sur l’outil militaire à envisager selon la menace et les moyens à engager. Ensuite, il en déduit une doctrine d’emploi cohérente avec les moyens existants (Terre, Air, Marine et Gendarmerie). Enfin, il recherche trois synergies. La première concerne le développement des futurs systèmes d’armes au sein du ministère de la Défense. La deuxième porte sur l’emploi de l’outil militaire pour la sécurité nationale, en coordination avec le ministère de l’Intérieur. La troisième s’étend à la résolution politique des crises internationales, en coopération avec le ministère des Affaires étrangères. (…) Enfin, une nouvelle arme a fait son apparition : l’influence déstabilisatrice des opinions publiques. “Sur un théâtre d’opérations, la capacité d’influence sur le comportement peut être aussi utile aux militaires que les chars !”, souligne le général Lafontaine. » (Loïc Salmon, « Un CICDE, pour quoi faire ? », sur le site de l’Association Nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire.) En cas de guerre – et nous sommes en guerre –, la capacité d’influence de Réfractions sur le comportement des anarchistes peut être aussi utile à l’État que les matraques de la Gendarmerie, doit souligner votre Monsieur Jourdain dans ses rapports : « Mon général, répondit Pandore, mon général, vous avez raison. »   ▲ [retour]

 
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